Incubateur Paca-Est Il s’agit en fait du thème de la conférence organisée ce soir par l’incubateur Paca-Est. Elle a rassemblé une trentaine de personnes, dont je commence maintenant à discerner les habitués. Et surtout, elle m’a permis d’en savoir un peu plus sur ce qui pousse les Business Angels (également appelé investisseurs providentiels en français) à investir dans une entreprise. Et comme vous allez pouvoir le constater, leurs motivations ne sont pas tout à fait les mêmes que celles des Venture Capitalists (capitaux risqueurs en français).

Le consultant qui a animé cette minikonf préfère d’ailleurs plutôt le terme de partenaire providentiel. Et pour cause, il fait lui-même partie de ce groupe de personnes. A la retraite, il est maintenant Business Angel et investit une partie de son patrimoine dans un petit nombre d’entreprises.

Il est également membre de deux réseaux de Business Angels : Mediterranée Investissements qui est implanté sur la région Provence Alpe Côte d’Azur et Invest’Essor 92, un club de la région parisienne qui compte maintenant près de 200 investisseurs. Ces deux réseaux ont été labellisés et sont donc reconnus auprès du gouvernement. Ils ont par ailleurs intégré l’association France Angels qui a la charge de fédérer toutes ces initiatives et de les promouvoir.

Ce Business Angel aux traits rappelant étrangement l’acteur Anthony Hopkins et à la voix douce et calme tout droit sortie des Mystérieuses Cités d’Or nous a donc parlé de ce domaine qu’il connaît bien et des motivations qui guident généralement ces investisseurs. Sa présentation était basée sur une enquête effectuée fin 2003, avec des chiffres forcément plus très à jour. Mais il nous a dit que les résultats d’une toute nouvelle enquête devraient bientôt voir le jour et apporter une lumière plus précise sur ce secteur particulier.

D’après cette enquête donc, les Business Angel investissent tous secteurs confondus pourvu qu’il y ait innovation, majoritairement dans Internet (30%) et les services (23%). Ils ne sont pas forcément attirés par des projets de recherche car trop risqués et demandeurs en capitaux. En effet, comme il s’agit vraiment de particuliers, ils ne disposent évidemment pas des possibilités de financement des Venture Capitalists et investissent en moyennent autour de 30 K€. D’ailleurs, ils n’interviennent pas non plus au même moment et rejoignent l’entreprise principalement lors de sa création et de la phase de lancement de son produit.

Mais qu’est-ce qui les motivent ? Bien sûr, la possibilité de faire une plus-value arrive en tête de leurs réponses (35%). Mais le Business Angel n’a pas seulement un intérêt mercantile, bien au contraire. Il cherche également à participer à une aventure (27%), à soutenir un proche (13%) ou encore à favoriser un développement local (10%). En outre, il investit généralement dans des secteurs qu’il connaît bien ou qui l’intéresse particulièrement. Car outre le financement, il va apporter également son expérience, ses compétences et aussi son carnet d’adresses à l’entreprise. Il a une relation plus proche avec le créateur d’entreprise et va s’impliquer dans son projet.

Les Business Angels ne sont pas aussi nombreux en France qu’aux Etats-Unis. La fiscalité n’y ait pas étrangère, puisque qu’il est apparemment possible de déduire aux USA une partie des sommes investies dans une société qui a fait faillite. La réglementation devrait néanmoins changer d’ici les prochains mois en France avec l’arrivée de nouvelles mesures et d’un nouveau statut pour les Sociétés de Capital Risque (SCR).

Les critères de sélection varient sensiblement d’un Business Angel à un autre, mais on peut néanmoins en dégager les principaux : la confiance inspirée par le projet et l’équipe, sa propre compétence dans le secteur d’activité de l’entreprise, le potentiel de valorisation ou encore le ticket d’entrée.

Concernant ce dernier critère, il est à noter que beaucoup de Business Angels au sein d’un club se regroupent pour investir dans un projet. De cette manière, le risque est mieux réparti et du coup l’apport en capital peut être plus conséquent (l’investissement moyen en passant par un réseau tourne autour de 120 K€ avec 3 ou 4 investisseurs partenaires providentiels). Une bonne solution pour lever plus de fonds donc, d’autant plus que c’est une tendance qui devrait s’amplifier.

Notre interlocuteur nous a également parlé du cheminement pour trouver un Business Angel en passant par ces réseaux. Le procédé est pratiquement toujours le même : après avoir sélectionné un club, il faut ensuite prendre contact avec lui et envoyer un résumé de son projet (deux pages suffisent) à son correspondant. Si celui-ci estime que le projet peut intéresser son réseau, il recontacte le porteur de projet (ou le créateur d’entreprise suivant le cas) afin de mettre au point une présentation qu’il faudra ensuite donner à un comité de sélection (en 15 minutes maximum). Et si tout se passe bien et que le dossier est sélectionné, la dernière étape sera de le présenter devant tous les membres du club réunis en assemblée plénière (généralement il y a 4 projet de présenter lors de ces sessions, avec 15 minutes de présentation et 15 minutes de questions). Ensuite, les Business Angels convaincus prendront directement contact avec le porteur de projet. C’est aussi simple que cela…

La séance de questions-réponses s’est arrêtée sur le sujet de la valuation, c’est-à-dire de l’augmentation du capital et des primes d’émission. Cette conférence est probablement là plus intéressante à laquelle j’ai eu l’occasion de participer. Il y a plusieurs avantages à lever des fonds auprès d’un Business Angel. La décision rapide (il se fie à son intuition), la patience (moins de pression de sa part), la vue à long terme et la relation personnelle qui peut se développer sont autant d’atouts à considérer.

L’intervenant était visiblement très compétent dans son domaine et très agréable à écouter. Son discours optimiste (nouvelle réglementation, augmentation du nombre de Business Angels, …) était véritablement encourageant et montre la place grandissante que ces partenaires providentiels vont occuper dans ces prochaines années dans la nouvelle économie.

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13 commentaires à propos de “Comprendre les intérêts des Business Angels” :

  1. Pour poursuivre la compréhension des business angels je vous propose un billet:Les business angels sont ils les anges des affaires?

    Bonne lecture….

  2. Merci pour cet excellent résumé :)

    Je te rejoins tout à fait sur l’intérêt autre que financier qu’il peut y avoir à travailler avec ces “partenaires providentiels” (marrant je n’avais jamais entendu ce terme !). Il reste qu’aujourd’hui nous sommes totalement hors course par rapport aux US. Espérons que les mesures proposées par NS sur les déductions d’impots pour les investissements en PME vont bouger un peu plus de monde !

    Au passage, bravo pour ce blog (dont je suis un lecteur assidu) et bon courage pour ton projet, je pense que nous sommes beaucoup à te suivre avec grand intérêt et beaucoup de sympathie !

  3. Encore un article intéressant !
    C’est bien dommage que je n’ai pû assister à ce débat, car il m’aurait sûrement éclairé sur quelques points où j’avais des idées pré-conçues.
    Je me demandais quand même comment un b.a. se rémunère, et sur quels critères (parts de société revendues après un certain temps défini à l’avance, rémunération immédiate dès prise de bénéfices de la société, ou autre). Je comprends bien qu’il faut qu’il en tire des bénéfices, mais je suis curieux de savoir dans quelle proportion ça se situe.
    S’il existe d’autres soirées à thème comme celle-là, dans la région de Sophia Antipolis, je m’y rendrai sûrement.
    En tout cas, tu fournis beaucoup de renseignements et de liens, comme toujours. C’est évidemment un plaisir que de lire tes blogs.

  4. Très intéressant en effet, je l’avais totatelement zappé de mon calendrier (encore une occasion ratée de te croiser)…ça sera pour une prochaine fois!

  5. Nouveaux venus dans le paysage de la création d’entreprise, les business angels comptent aujourd’hui parmi les investisseurs les plus recherchés, prêts à lancer de jeunes entrepreneurs talentueux en mal de financement.
    Souhaitant préserver leur tranquillité, ces particuliers fortunés se font cependant discrets et agissent à l’écart des filières d’investissement classiques. Qui sont les business angels? Comment opèrent-ils? Comment les dénicher? Telles sont les questions auxquelles mon livre répond, en interrogeant les différents acteurs économiques que sont les capitaux-risqueurs, les universitaires et les intermédiaires spécialisés.
    Après avoir dressé le portrait du business angel classique, je me suis attaché à offrir les clés d’une relation angélique durable. Mon ouvrage est enrichi d’un catalogue détaillé d’informations pratiques permettant, tant aux entrepreneurs qu’aux investisseurs privés, de se lancer le plus sereinement possible dans l’aventure.
    Si le sujet vous tente rendez-vous à la page “publications” de mon site Web (www.coachingfinancier.com).
    Bien à vous.

  6. Super intéressant ton billet ! Sur le même sujet, j’ai fait un petit billet sur le pacte d’actionnaire, passage contractuel obligè dès lors qu’un BA s’intéresse concrètement à votre business.

    E tous les cas, ce sujet me concerne à fond car je suis moi aussi en pleine recherche de “partenaires providentiels”… et je vous dirais alors ma version des choses !!!

  7. Un dernier commentaire : ce que tu décris est exactement ce que je suis en train de vivre comme étape, car je fais appel à des assos de BA. Ma réunion plénière à lieu le 5 juin… Mais après, si je passe cette étape il y a en une dernière où là, durant 2h30 il te pousse à bout… et ils regardent si toi et ton projet résistent !

    Sinon, pour ceux qui sont intéressés par la recherche de BA dans la région toulousaine, il y a deux réseaux pas mal : Capitoles Angels, et GSO Invest.

  8. Hello Priscilla ! Et merci pour ton retour d’expérience. Je te souhaite bonne chance pour la réunion plénière et je vais guetter l’article que tu ne manqueras pas de publier sur ton blog à cette occasion. As-tu jeté un coup d’oeil à mon compte rendu de la conférence à propos du pacte d’associés ? N’hésite pas à me laisser un message pour me dire ce que tu en penses.

  9. Article vraiment très intéressant !
    Stephane, as tu fais appel à eux pour loomiz ?

  10. Non, pas pour le moment, car cela nécessiterait un trop gros investissement en temps. Par ailleurs, la vente n’est pas mon point fort.

    J’avais hésité à les solliciter il y a un peu plus d’un mois de cela. Mais après réflexion, j’ai pensé que ce serait trop risqué. Je vais donc plutôt me concentrer sur la sortie d’une première version. Ceci dit, au-delà du support financier d’un business angel, c’est l’aspect mentoring qui m’intéresserait le plus en ce moment.

  11. Mais alors pour le développement du site c’est toi qui programme ou tu fais appelle à un freelancer avec tes fonds perso ?

  12. Oui, j’ai tout fait par moi-même (définition, design, développement, promotion, …). C’est pour ça que Loomiz a pris plus de temps que prévu, car je suis seul pour le moment. Côté financement, j’ai en effet démarré cette aventure avec mes fonds propres.

  13. Il exisite un dossier vidéo réalisé par Capital Risqueur TV sur les Business Angels sur : http://www.capital-risqueur.tv/investissement.php

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Par contre, il y a encore des trucs qui ne marchent pas. Par exemple il a compris 'DesignS' au lieu de 'Design'.

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A Propos

Je m’appelle Stéphane Thomas et je suis Ingénieur Senior expert dans le développement d'applications web complexes. Etant également un peu Entrepreneur, j'ai tenté l'aventure de la création d'un nouveau service Internet appelé Loomiz. Je suis maintenant le cofondateur d'Hitomi Studio, un studio de développement spécialisé dans la réalisation de sites ecommerce haut de gamme pour de jolies marques.

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